Les relations d’affaires entre le Maroc et la Chine : un partenariat en pleine expansion
Comment les relations entre le Maroc et la Chine se sont-elles intensifiées ces dernières années ?
Etablies dès 1958, les relations diplomatiques entre le Royaume du Maroc et la République Populaire de Chine n’ont cessé de se renforcer depuis.
En particulier, la coopération Sino-Marocaine s’est intensifiée de manière significative dans des domaines clés, tels que le commerce, les investissements, les infrastructures et l’énergie, depuis la signature, le 11 mai 2016, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et Son Excellence le Président Xi Jinping, d’une déclaration conjointe concernant l’établissement d’un partenariat stratégique entre les deux pays.
Dans le sillage de ce partenariat stratégique, impulsé par la volonté des Chefs d’État des deux pays, plusieurs avancées significatives ont été réalisées ces dernières années, au premier rang desquelles se trouvent :
- L’ouverture de trois instituts Confucius sur le territoire marocain, contribuant activement à la diffusion de la culture chinoise et au dialogue entre les deux nations ;
- La signature d’un Mémorandum d’Entente, en novembre 2017, officialisant l’adhésion du Maroc à l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » lancée en 2013, faisant ainsi du Royaume le premier pays africain à y prendre part ;
- La conclusion, en date du 5 janvier 2022, d’une convention relative au plan de la mise en œuvre conjointe de la Ceinture et de la Route, entre le Ministre marocain des Affaires Etrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l’Etranger et le vice-Président de la Commission nationale chinoise de la Réforme et du Développement ; et
- Le renforcement des relations commerciales entre les deux pays, la République Populaire de Chine étant devenue le troisième partenaire commercial du Maroc et son premier fournisseur en 2021.
Grâce à son positionnement géographique stratégique, ses infrastructures de pointe, son capital humain qualifié, ses liens étroits avec les Etats de l’Europe atlantique et de l’Afrique de l’Ouest, le Maroc offre un environnement particulièrement attractif pour les investisseurs chinois. Son cadre juridique avantageux en fait une porte d’entrée de choix, non seulement vers le continent africain, mais également vers l’Europe.
Conscient des perspectives prometteuses d’un accroissement de l’investissement chinois sur son territoire, le Maroc, via son ministre chargé de l’investissement, a conduit, en avril 2023, un roadshow en Chine afin de mettre en avant le Maroc comme destination privilégiée pour les investisseurs chinois.
Suite à cette initiative, plusieurs acteurs économiques chinois ont exprimé leur intérêt pour le développement de projets au Maroc. Ainsi, en 2024, l’État marocain a conclu d’importants accords d’investissement avec divers groupes chinois, dont Gotion High-Tech (pour l’implantation d’une gigafactory au Maroc) et Sentury Tire (pour la mise en place d’une usine de fabrication de pneus radiaux).
Cependant, de nombreuses opportunités restent à saisir dans plusieurs secteurs : l’industrie, les infrastructures, les mines, la santé, l’éducation et le tourisme.
Quelles mesures le Maroc met-il en place pour attirer les industriels chinois ?
La Cité Mohammed VI de Tanger Tech, nouveau hub des investissements chinois au Maroc
Située sur une assiette foncière de près de 950 Hectares, la zone d’accélération industrielle Tanger-Tech – aménagée et gérée par une société de gestion (la SATT) issue d’un partenariat entre la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l’Agence spéciale Tanger-Méditerranée, le groupe Bank of Africa et le groupe chinois CCCC/CRBC (à hauteur de 35%) – a notamment vocation à accueillir en son sein des industries chinoises actives dans divers secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables ou encore les matériaux de construction.
Pour faciliter l’installation des investisseurs chinois en son sein, la SATT – en sa qualité d’interlocuteur unique et privilégié :
- joue le rôle de guichet unique au sein de la Cité Mohammed VI de Tanger Tech, offrant ainsi aux industriels un parcours simplifié, leur assurant de la visibilité dans la mise en œuvre de leurs projets ; etc.
- est chargée de fournir à ces-derniers tous les services annexes à leur activité principale : location de bâtiments, distribution d’eau et d’électricité, surveillance et sécurité de la zone, etc.
Du fait de sa proximité avec l’Europe et le complexe portuaire de Tanger Med (1er port en Méditerranée et en Afrique), son statut administratif ainsi que du régime juridique favorable dont bénéficient les entreprises qui y sont installées[1], la Cité Mohammed VI de Tanger Tech dispose de tous les atouts pour s’imposer comme un hub stratégique des investissements chinois au Maroc et une plateforme industrielle et commerciale de premier plan reliant l’Afrique et l’Europe.
A cet égard, plusieurs projets d’envergure sont déjà portés par des industriels chinois de premier plan au sein de la zone, notamment une giga factory (BTR New Material), plusieurs fabricants de produits entrant dans la fabrication de batteries au lithium (Shinzom, Hailiang) et divers acteurs de l’industrie automobile (Sentury tire, Bonsing, XEV).
La nouvelle charte de l’investissement, un cadre incitatif favorisant le développement d’investissements étrangers au Maroc
La loi-cadre n°03-22 formant charte de l’investissement (la Charte de l’Investissement) vient introduire des dispositifs de soutien à l’investissement, dont des industriels peuvent bénéficier après la conclusion d’une convention d’investissement avec l’Etat définissant les engagements réciproques des parties et les modalités de leur mise en œuvre.
En outre, tout projet qui fera l’objet d’une convention d’investissement bénéficiera, dans les conditions définies par les textes législatifs et réglementaires en vigueur, d’avantages fiscaux et douaniers.
Plus particulièrement, la Charte de l’Investissement vient mettre en place plusieurs dispositifs de soutien particulièrement attractifs qui se matérialisent par l’octroi de subventions au profit des investisseurs pouvant atteindre, selon les caractéristiques de chaque projet, 30% du montant d’investissement primable.
Par ailleurs, il est utile de rappeler que le Royaume du Maroc et la République Populaire de Chine ont conclu, le 27 août 2002, une convention tendant à éviter la double imposition, facilitant les échanges et les investissements transfrontaliers entre les deux Etats.
Quels sont les secteurs d’activité porteurs pour les investisseurs chinois au Maroc ?
L’industrie automobile
Fort d’un savoir-faire éprouvé dans l’industrie automobile, le Maroc est susceptible d’attirer de nombreux investisseurs chinois du secteur.
A ce jour, les entreprises chinoises concentrent leurs activités au Maroc sur la production de batteries et de matériaux destinés aux véhicules électriques.
Gotion High-Tech, leader dans le secteur de la mobilité électrique, a signé avec l’Etat un accord portant sur la mise en place d’un écosystème industriel de production de batteries pour véhicules électriques et de systèmes de stockage d’énergie à Kénitra pour un montant prévisionnel d’investissement de l’ordre de 65 milliards de dirhams (environ 6,5 milliards de dollars).
De plus, en septembre 2023, la holding marocaine Al Mada a conclu un accord avec le groupe chinois CNGR pour la création d’une unité industrielle dédiée à la production de composants pour batteries de véhicules électriques.
Par ailleurs, le Maroc ayant pour ambition de consolider sa position en tant que hub industriel de l’électromobilité, des négociations seraient en cours pour attirer davantage d’équipementiers chinois afin de compléter l’écosystème automobile marocain.
L’énergie
Les entreprises chinoises sont particulièrement actives dans le secteur de l’énergie, tant en matière d’énergies conventionnelles que d’énergies renouvelables.
La société chinoise, Sepco III (Shandong Electric Power Construction) a construit et exploite, depuis 2013 et à la suite d’un appel d’offres lancé en novembre 2011 par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, une centrale à charbon près de la ville de Jerrada (région de L’oriental) d’une puissance de 318 MW. Les travaux, d’un montant de plus de 3 milliards de dirhams (près de 3 milliards de dollars) ont été principalement financés par China Exim Bank, la banque chinoise d’import-export.
La société China Power Construction a également remporté dernièrement un contrat EPC pour la construction d’une centrale à vapeur de récupération de chaleur d’une capacité de 180 MW dans la région de Marrakech-Safi. Ce même groupe a participé à plusieurs projets stratégiques dont la centrale à charbon de Jorf (350 MW) ou la centrale solaire à concentration Nuon (150 MW).
Le développement du partenariat énergétique entre la Chine et le Maroc s’est du reste étendu aux énergies renouvelables. En effet, le même groupe (China Power, Sepco III) a assuré, conjointement avec d’autres opérateurs, la construction clé en main de la centrale solaire Noor 3.
De plus, l’entreprise Aeolon s’est engagée, dans le cadre d’un protocole d’investissement conclu avec l’Etat marocain en octobre 2023, à mobiliser 245 millions de dollars et créer près de 3.332 emplois pour la construction de sa première usine internationale de fabrication de pales d’éoliennes, dans la région de Nador.
Les grandes ambitions du Royaume du Maroc dans la filière de l’hydrogène vert conjuguées au savoir-faire des opérateurs chinois en la matière augurent des perspectives des plus prometteuses pour les deux parties.
A ce titre et comme preuve du positionnement de plus en plus prononcé des entreprises énergétiques chinoises au Maroc, le Gouvernement marocain a annoncé, le 5 mars 2025, que le consortium réunissant les groupes UEG et China Three Gorges – porteur d’un projet de production d’ammoniac vert dans les provinces du sud du Royaume – figurait parmi les 5 premiers groupements retenus dans le cadre de la mise en œuvre de l’Offre Maroc Hydrogène.
Les infrastructures
La Chine joue un rôle clé dans la modernisation des infrastructures marocaines. Des entreprises chinoises ont participé à la construction de nombreuses infrastructures routières et ferroviaires.
Très récemment, plusieurs entreprises chinoises se sont vu attribuer des marchés stratégiques dans le cadre du projet d’extension de la ligne à grande vitesse devant relier Kénitra à Marrakech dans un premier temps, puis Agadir dans un second temps.
China Railway Design Corporation s’est vue attribuer, dès Juillet 2023, le marché portant sur la réalisation des études d’avant projet pour la ligne Agadir-Marrakech et à même ouvert une succursale à Rabat au cours du mois de mai afin de renforcer ses équipes sur place.
CREC 4, filiale du groupe chinois CTEC, a par exemple remporté, en septembre 2024, le premier lot de travaux de génie civil afférent à ce projet, pour un montant de 3,4 milliards de dirhams (près de 340 millions de dollars).
China Overseas Engineering Group Corporation Limited et China Railway 20th Bureau Group se sont également vues attribuer, dans le cadre du même projet, le dixième et le cinquième lots de travaux de génie civil lancés par l’Office national des chemins de fer, pour des montants respectifs de l’ordre de 1,3 milliards de dirhams (environ 130 millions de dollars) et 1,8 milliards de dirhams (environ 180 millions de dollars).
Le groupe Sinohydro Bureau 5, filiale de Power China, est aussi fortement présent dans la construction d’infrastructures puisque celle-ci, qui s’était déjà faite remarquée lors de la construction du périphérique routier de Rabat en 2011, est chargée de réaliser un tunnel souterrain près de Rabat en collaboration avec la société générale des travaux du Maroc ainsi que les travaux d’extension de l’aéroport de Rabat.
Le pont à haubans de l’autoroute de contournement de Rabat a été réalisé, pour sa part, par le groupement d’entreprises China Overseas Engineering Corporation et Major Bridge Engeneering Compagny (Mbec) pour un montant avoisinant les 700 millions de dirhams (environ 70 millions de dollars).
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Pour conclure, les relations d’affaires entre le Maroc et la Chine sont en plein essor, portées par une vision stratégique commune et des intérêts mutuels. Comme l’a souligné Monsieur l’ambassadeur de la République Populaire de Chine au Maroc lors d’une allocution en date du 13 février 2025, la Chine considère le Maroc comme un partenaire « naturel » et une destination « privilégiée » pour ses investissements. Ce partenariat devrait continuer à se consolider dans les années à venir, au bénéfice des deux nations.